J’entends souvent mes patients me dire que je ne ressemble pas du tout à l’image qu’ils se font « d’un psy ». Cette phrase récurrente m’a amenée à réfléchir sur les représentations et les craintes que l’on a avant d’entamer une thérapie. Ces idées reçues ne reposent – malheureusement – pas toutes sur du vent… Cette profession est délicate, je ne cherche pas à le nier. Notre posture professionnelle nous invite à travailler sur nous sans relâche car de la thérapie à la manipulation il n’y parfois qu’un pas, qu’un professionnel ne doit jamais franchir.

L’exercice difficile de vous écouter sans juger, de vous accepter tout en vous autorisant totalement à changer, de vous soutenir en vous laissant libre de vos choix à tout moment peut transformer votre vie.

Il serait donc dommage d’en rester à des idées reçues.

Prenons ensemble un temps pour détricoter quelques vieilles idées que nous entendons tous à propos des psys…

Les psys ne disent rien (à part, à la rigueur, hmm-hmm)

Certains praticiens, en particulier certains psychanalystes, restent silencieux. C’est généralement bien moins souvent le cas des psychothérapeutes, qui sont dans l’échange même si des exceptions existent toujours.

Il est vrai que certaines fois, à certains moments particuliers, nous pouvons choisir en tant que thérapeutes de vous laisser réfléchir sans intervenir, pour vous laisser dérouler une pensée difficile qui nous semble importante, parfois aussi pour vous laisser le temps de récupérer. La plupart du temps, et de façon très naturelle, nous sommes dans un échange. Mais souvent, en particulier au cours des premières séances, vous arrivez en thérapie en demande de partage, d’un retour bienveillant sur votre histoire, vous avez besoin de compréhension, d’acceptation, de sentir profondément que vous n’êtes pas le seul à vivre ces choses, que c’est « normal » que vous en souffriez. Vous laisser dans le silence est pour moi une sorte d’abandon, qui provoquerait chez vous un désarroi que vous n’avez pas besoin de vivre…  Pour ma part, je ne reste pas silencieuse. Je peux poser une question, rebondir sur un mot que vous exprimez, vous inviter à approfondir une idée quand je pense que vous êtes sur une bonne piste ou vous rappeler quelque chose qui fait sens avec ce que vous dites à ce moment là. Je propose aussi des outils, ou quelquefois même des exercices à faire ou des lectures entre deux séances.

Les silences permettent plusieurs choses :

  • Ils favorisent l’émergence d’idées et de ressources chez le patient pour qu’il puisse trouver ses propres solutions
  • Le silence pousse à aller plus loin, à faire tomber le masque social.
  • Il permet également des prises de conscience et l’élaboration.

 

Après une thérapie, je ne serai plus jamais le/la même

Oui et Non… Une thérapie réussie permet une grande liberté pour exprimer et pour vivre pleinement celui ou celle que vous êtes profondément, mais qui pour le moment, se sent entravé, empêché de vivre.

Il est vrai qu’à l’issue d’une thérapie, l’entourage peut  constater une grande « transformation », mais ce n’est pas tout à fait exact. Quand vous osez enfin être vous même, cela influe profondément sur votre rapport aux autres. On ose enfin exister, être soi-même, poser des limites, être créatif et envisager des solutions qu’on aurait jamais osé exprimer avant. L’accompagnement thérapeutique, quand il est bien mené, vous permet de mettre en place vos souhaits de façon réaliste, constructive, dans la douceur et non au travers de changements brutaux, inconséquents. Plus qu’une transformation, c’est surtout un retour à vous-même, à un état sain, équilibré, conscient de ses besoins et respectueux de soi et des gens que vous choisissez d’aimer.

Si je travaille sur moi, on finira par se séparer avec mon/ma conjoint(e)

Vous aurez surtout beaucoup plus de clés et de ressources pour comprendre ce qu’il se passe en vous et dans votre couple. Le seul moyen pour que votre histoire se solde par une séparation, c’est si vous constatez par vous même que vous vivez avec une personne qui ne vous correspond pas.

Quelquefois, vous pourrez aussi constater que l’envie naît chez lui/elle d’aller à son tour prendre soin de soi (thérapie ou développement personnel).

Par contre, il est vrai que si l’équilibre de votre couple repose sur les bases du triangle dramatique (Persécuteur, Victime, Sauveur), il y a de fortes chances que le jeu malsain cesse avec l’avancée de la thérapie. Ce qui ne veut pas dire que l’on ne peut pas, à la place, créer une vraie relation d’adulte à adulte si chacun des deux membres du couple est prêt à se remettre en question.

 

On finit encore plus cinglé qu’avant

En effet, quelquefois, le fait de prendre conscience de certaines choses ne suffit pas à faire « disparaître » le symptôme, mais permet tout au moins de mieux vivre avec.

Il arrive aussi que le patient, à la « fin » de sa thérapie, se mette de nouveau face une situation à problème. C’est très courant, et c’est en général plutôt sain : pouvoir dire « non » à la situation qui a un moment a posé problème est également thérapeutique.

 

Je devrais être capable de m’en sortir seul(e)

Le thérapeute est là pour vous rappeler que le trousseau de clés, c’est vous qui l’avez… Il sera là pour que vous réalisiez à quel point vous avez toutes les ressources nécessaires pour vous en sortir seul(e).

Personne ne fera le travail à votre place. Le thérapeute ne va pas vous infantiliser, vous plaindre, vous dire quoi faire, et quoi dire, et comment réagir, etc… Si vous allez voir un psy, c’est que vous avez justement envie de vous en sortir seul(e), grâce à vos propres solutions, et que votre courage vous pousse à vous prendre en main pour avancer.

La thérapie, c’est pour les riches

Prendre la peine de payer pour travailler sur soi c’est miser sur soi et sur l’importance qu’on apporte à notre mieux-être. La psychothérapie n’est absolument pas « juste pour les riches ».  Oui, la thérapie « coûte ». Non, elle ne doit pas vous mettre en difficulté financière et vous dépouiller, mais permettre un réel investissement.

Le psy va me trouver des problèmes dont je n’avais pas conscience (et je m’en portais très bien…)

Euh… non. Je ne lis pas dans les pensées. Je ne suis pas voyante ou médium pour connaître votre passé et votre avenir à votre place. Je déculpabilise souvent les patients en leur disant qu’ils peuvent choisir de garder des secrets, de ne pas tout me dire s’ils n’en ont pas envie. Le thérapeute ne va pas vous scanner et vous sortir une liste de vos problèmes gravement pathologiques… C’est vous qui choisissez d’aborder les points qui aujourd’hui, vous empêchent d’avancer.

Quelquefois, le patient arrive en séance avec plusieurs problèmes qui semblent sans liens les uns avec les autres, alors qu’ils viennent de la même source, du même blocage.

Autre cas de figure : le patient souhaite avancer sur un problème en particulier, et c’est l’histoire de l’arbre qui cache la forêt : Le patient n’a pas toujours conscience que c’est « autre chose » qui est à l’origine de son mal-être. Cela ne veut pas dire que la découverte du problème sous-jacent va s’avérer douloureux et compliqué.

Seulement vous allez, à votre rythme, ouvrir peu à peu des dossiers, des pans de votre personnalité et de votre histoire  qui vous empêchaient d’avoir une vue d’ensemble sur la situation. Comprendre dans quelle blessure viennent s’accrocher les difficultés actuelles peut s’avérer extrêmement libérateur.

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